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  • camilleamblard

La Géorgie : ce petit pays du Caucase à l’identité si forte

Nous rentrons en Géorgie par la petite porte, la frontière oubliée la plus à l’est de la Turquie. On échange les beaux boulevards asphaltés pour trouver des routes en piteux état pleines de nid de poule et des anciens chemins en pierre qui ressemble à nos vielles voies romaines. 

En traversant la frontière nous sommes frappés par l’apparence des villages géorgiens. Nous avons comme le sentiment d’avoir fait un bon dans le passé : Des bâtisses branlantes, de la végétation non contrôlée, des vielles Ladas dans tous les quartiers. Pas de doutes nous sommes bien dans un ex-pays de l’Union Soviétique. C’est fou à quel point en passant une simple ligne de frontière, nous pouvons être autant dépaysé. 

 

Les fameuses Lada présentes en masse sur les routes géorgiennes

 

Nos premiers kilomètres se font dans une végétation luxuriante, elle nous laisse imaginer les pluies régulières que nous allons sûrement devoir affronter. Sur des chemins de pierre à peine perceptible cachés sous la mousse et la pelouse, il faut slalomer entre des flaques d’eau géantes.

 

Les « routes » secondaires en Géorgie … un enfer avec nos vélos chargés

 

Après cinquante kilomètres, nous arrivons dans le petit village de Ninostminda tout proche de la frontière arménienne. Il est 19h et le ciel est menaçant. Comme toujours après être arrivésdans un nouveau pays, nous voulons vite goûter les spécialités locales, nous partons donc à la recherche d’un petit restaurant.  Il faut nous habituer aux nouvelles coutumes locales : les boutiques, restaurants ou petites superettes n’ont quasi jamais de devantures. Il faut savoir que derrière la porte verte au bord de la route se trouve une boulangerie ou qu’au fond de la petite cour derrière la porte métallique noire se trouve un vendeur de vêtement. Trouver un simple endroit pour manger dans une ville devient un casse-tête. Naturellement nous arrêtons les premiers passants pour demander une bonne adresse pour manger. Alors que cette charmante famille originaire d’Arménie essayait tant bien que mal de me renseigner sans parler anglais, un couple de russe sur leurs vélos de ville s’arrête parler à Camille et nous invite à les suivre vers un petit bistrot. Ni une ni deux, nous voilà repartis vers la meilleure adresse de la ville. Alexander et Anastasia se joignent à nous pour nous faire goûter les spécialités géorgiennes :les célèbres khinkali (sorte de gros ravioli à la viande et aux herbes cuit dans son jus), et le khatchapuri (une tarte salée au fromage).

Pendant que l’on déguste tranquillement notre repas au chaud, la nuit tombe et une pluie battante nettoie nos vélos devant la porte d’entrée. Nos nouveaux amis russes ont bien compris que cela ne serait pas aisé pour nous de trouver un lieu où poser la tente sans risquer l’inondation. Ils nous invitent alors à venir passer la nuit chez eux. La parfaite occasion pour nous d’en savoir un peu plus sur eux, sur la Géorgie et sur l’ex Union Soviétique en général. 

 

Repas avec notre adorable couple russe et découverte des khatchapouri et khinkali

 

En cette période de guerre en Ukraine, un très grand nombre de russes désertent leurs pays pour échapper à l’appel d’aller au front. La plupart des russes exilés ont un métier dans l’informatique et ont la possibilité de travailler à distance ou font tout simplement le choix de démissionner pour ne pas financer indirectement la guerre et vivent sur leurs économies en espérant qu’une vie plus simple arrivera bientôt. Ils viennent trouver refuge dans tous les pays d’ex Union Soviétique où tout le monde est capable de parler leur langue. Certains d’entre eux ne comptent d’ailleurs pas retourner en Russie après la guerre. Alexander et Anastasia en font partie. Ils ont ici trouvé leurs équilibres et une sorte d’épanouissement. La Géorgie leurpermet de profiter de leurs temps libre : Ils font du vélo autour des lacs voisins, ils randonnent et comme beaucoup de Russes exilés, il tentent d’apprendre l’anglais pour prétendre à des embauches en Europe au cas où la Géorgie ferme ses portes un jour. Ce pays représente actuellement un eldorado pour eux mais la politique, les conflits et sa position géographiqueen font un pays incertain pour l’avenir.

 

 

Après une bonne soirée pleine de découverte et de rire il est temps d’aller au lit. C’est la chambre principale de la maison qui nous est réservée. La bâtisse est restée dans son jus tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. La décoration d’origine nous plonge dans une ambiance de l’URSS des années 1970 avec son piano, son papier peint à motif et ces quelques meubles typiques.

 

Alexander nous jouant du piano dans un décor soviétique

Le lendemain, après une nuit à compter les souris qui couraient dans les murs, nous reprenons la route en direction de la capitale Géorgienne,Tbilissi. Le couple décide de nous accompagner sur les trente premiers kms.

La  route serpente entre les nombreux mûriers platanes. Cet arbre emblématique de la route de la soie  nous donne l’occasion de caler nos dents creuses à l’heure du goûter avec ses deux variétés de mûres (blanches ou noires) aussi sucrées les unes que les autres, reste à ne pas confondre avec un vers à soie qui s’adonne à son travail. 

 

Sur les routes verdoyantes avec notre couple russe

Notre itinéraire nous fait emprunter des routes peu fréquentées mais on se rend vite compte que les quelques voitures qui circulent n’ont pas beaucoup de considération pour les cyclistes. Aux premiers abords, les géorgiens ne sont pas très chaleureux, ni très avenants. Très fidèles à l’image rustre des pays soviétiques. Ils restent néanmoins très faciles à aborder et il ne faut pas longtemps pour briser la glace et se faire inviter à manger ou dormir. C’est une nouvelle ambiance que nous vivons là et bien différentes des pays précédemment traversées mais nous adorons ça.

 


 

En Géorgie, la vigne est plus présente que les pissenlits. Tout le monde en a quelques pieds : quand ce n’est pas un vignoble de plusieurs milliers de mètres carrés, la vigne couvre une allée de maison ou un mur de garage. Ici la plus part des gens font leurs vins et tout le monde aime le partager. Pour le bien de notre santé on doit tout de même refuser quelques invitations car une chose est sûre, une fois invités il est impossible de refuser le verre de l’amitié qui se transforme souvent en la bouteille de l’amitié. 


Les vignes omniprésentes en Géorgie : ça travaille à tout âge !

 

Des souvenirs conviviaux nous resteront gravés comme le jour ou au détour d’un petit chemin, Davit nous a invité sur son petit terrain de loisir recouvert de vigne pour partager un repas et bien entendu du vin avec les trois générations réunies. Ce jour-là, nous sommes repartis en titubant avec un sac de cerises rempli. Un autre jour c’est Levan qui nous a invité dans sa ferme pour déguster tous ses précieux nectars : Le jus de cerise maison, bien sûr le vin rouge, le tchatcha (eau de vie locale) et autres charcuteries maison. 

 



 Le verre ou la bouteille de l'amitié

 


Notre projet d’atteindre l’Azerbaïdjan et la mer Caspienne par la route tombe malheureusement à l’eau. La frontière devant ouvrir ce mois-ci restera fermée pour des causes encore floues. C’est aussi ça le voyage : de la remise en question et trouver des solutions annexes n’importe où et n’importe quand. Notre solution de repli sera de continuer à découvrir la Géorgie pour ensuite nous diriger en Arménie pour faire notre demande de visa chinois.

 

 

Après quinze jours en Géorgie et non loin des frontières russe et azerbaïdjanaise, alors que nous campions dans un immense champ, nous vivons notre tempête et orage le plus violent du voyage. Elle nous a paru interminable : un vent d’une force à décornés les bœufs, des éclairs qui ne cessaiet d’illuminer le ciel noir de la nuit, une pluie battante fouettant la tente. Nous avons passé plus d’une heure à essayer de tenir la structure de la tente pour éviter qu’elle casse. Le vent a arraché tous les piquets extérieurs : les deux minutes passées à l’extérieur pour replanter les sardines ont parues des heures, l’impression d’être devant la buse d’un laveur haute pression et de subir un hydro-sablage.

 

 

Le lendemain, nous assistons à un spectacle inhabituel : des arbres tombés, des toitures de maison arrachées, des fils électriques coupés. Les habitants du magnifique village de Shinaghinous disent ne jamais avoir vécu un orage d’une telle intensité. Mais heureusement, après la pluie… vient le beau temps. Cet orage nous fera apprécier d’autant plus les belles journées ensoleillées et les campements aux nuits calmes. C’est donc sous un soleil radieux que nous faisons une halte pour visiter ce village perché : un village typique géorgien avec de nombreux clochers d’églises orthodoxes. La religion occupe une place forte dans la culture géorgienne : les journées cadencées par le vin et le tchatcha sont aussi rythmées par les rites religieux.

 

Le magnifique village perché de Shinaghi

 

Nous finissons notre boucle géorgienne par la rencontre du chef Guram, un chef reconnu pour moderniser les classiques de la cuisine de son pays. Il est le chef en vogue en Géorgie : il anime l’émission cauchemar en cuisine version géorgienne. Avec fierté, il raconte l’histoire de son pays et des influences que la Géorgie a laissé dans le monde. Il aime dire que l’origine du monde et du vin se trouve ici dans le Caucase. Il nous invite dans son restaurant pour déguster tous les plats emblématiques locaux : Un pur régal et un accueil on ne peut plus chaleureux.

 

Le chef Guram et sa bonhomie

 

Nous finissons notre traversée de la Géorgie avec le cœur rempli d’amour, de rencontres, et l’estomac bien alourdi par ces délicieux mets et ce vin si abondant. Et Nous quittons le pays en nous promettant d’y revenir un jour pour découvrir cette fois ci les montagnes du Nord.





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